La fondation du #PPEU, ce que j’en retire

Si quelque chose était clair lors de cette séance, c’est que le Parti pirate ne sera pas fondamentalement différent des Verts.

On pourrait avancer comme première raison qu’ils sont idéologiquement proches. Ils siègent déjà ensemble au Parlement européen. Leurs membres tendent globalement vers les mêmes orientations politiques, à savoir à gauche sans être foncièrement anti-capitalistes à la papy. Les tendances réellement libertaires voir anarcho-capitalistes y semblent relativement minoritaires même si elles existent.

On peut avancer une deuxième raison, plus structurelle, qui est que les partis pirates européens ont une culture associative forte, tous comme les Verts. Cela leur permet d’être proche de la société civile, du moins de ceux qui s’en réclament. Cela se voit aux panels des conférences qui ont eu lieu après la séance de fondation du Parti. Elles sont tenues majoritairement par des représentants d’associations et ONG proches du parti, ce qui d’ailleurs rendait à la longue les conférences plates car elles s’adressaient à un public déjà convaincu. J’insiste sur ce point car ce tissu associatif n’est pas toujours aussi bien accueilli ou représenté dans d’autres congrès de partis.

La raison première à mon sens, et cela rejoint le point sur la culture associative, c’est que les partis pirates européens ont constitué une sorte de fédération d’associations en envoyant des délégués et se sont eux-mêmes organisés sur un mode associatif dans leurs pays respectifs. C’est pour cela que les simples membres ou sympathisants n’ont pas eu leur mot à dire sur l’élection des membres du bureau du PPEU. Cela a pu être critiqué par certains pirates allemands, qui déplorent le manque de participation des membres à la fondation du PPEU alors que le motto du parti est la «Basisdemokratie».

Ainsi c’est la tête de liste allemande qui a présidé la séance de vote menant à la fondation du PPEU (Parti Pirate EUropéen). C’est Amelia Andersdotter, l’eurodéputé pirate, qui été élue présidente du PPEU. Quand à la composition du collège électoral: il y avait quatre délégués et votes pour l’Allemagne et un seul vote pour chacun des autres pays. Cela donne le ton: le parti pirate est un parti germano-suédois. Autant pour la démocratie, vive la doocracy. Bien sûr, cela fait sens. Démographiquement, c’est une réalité. C’est même disproportionné en défaveur des allemands et suédois vu les effectifs des autres partis pirates.

Il reste vrai que l’on peut trouver quelque peu ironique que:

Si l’on laisse tomber toute la façade dégoulinante de guimauve sur les bonnes volontés démocratiques, décentralisatrices et européennes qui ne résiste pas à l’épreuve des faits, on découvre que ce parti pirate est principalement la branche consacrée à la représentation électorale d’une population relativement marginale et alternative avant tout intéressée par sa «qualité de vie sur Internet». La dynamique est la même que celle des Verts en leur temps qui nous ont pondu des grands discours à n’en plus finir sur la démocratie pour, concrètement parlant, défendre l’instauration de meilleures normes de vie urbaines. En cela il faut reconnaître au politique patenté qu’est Martin Ehrenhauser d’avoir compris à qui il s’adressait, avec peut-être le tort de le dire.

Je suis de ceux qui sont convaincus que les thèmes portés par le Parti pirate sont essentiels. Je fais partie de cette population qui veut un accès à Internet libre et rapide pour pouvoir échanger le plus rapidement avec mes semblables. Je suis de ceux qui fonctionnent à l’endorphine lorsque je suis mentionné sur un réseau social. Je n’appartiens cependant plus au parti pirate et je reste relativement dubitatif face aux grands discours à l’emporte-pièce sur la démocratie, la diversité et la décentralisation lorsque je vois 500 allemands dans une salle décider de l’avenir d’une «marque électorale» qu’ils s’approprient par là même. Doocracy n’est pas démocratie.

La beauté du geste de Rick Falkvinge, le fondateur du parti pirate suédois, était de lancer un mouvement qui n’appartenait à personne, comme les indignados ou occupy. Cela a marché du tonnerre tant que l’immense majorité des politiciens en herbe considéraient la cause peine perdue, comme il l’explique très bien dans son livre Swarmwise.

Cependant, de par sa nature même, un tel mouvement originel périclite dès qu’il s’institutionnalise et gagne en considération. L’institutionnalisation l’oblige à se doter d’une structure hiérarchique traditionnelle pour avoir des représentants légaux et médiatiques «normaux». Le gain de considération attire tous les jeunes loups qui cherchent à s’approprier aussitôt que possible le mouvement.

Certains m’ont sans doute rangé dans cette catégorie lorsque j’ai fait partie du PP français et que j’ai proposé des pistes pour constituer un parti pirate européen il y a deux ans. Je rangerai sans aucune hésitation dans la même catégorie un bon nombre de ceux qui m’ont survécu et se dépêchent de se faire nommer à droite à gauche. Du reste, on remarquera sans difficulté qu’à ce petit jeu tout le monde est facilement perdant, car le but d’un parti est quand même de prendre le pouvoir. Tout militant d’un parti cherche donc, à son échelle, à gagner en pouvoir. La différence entre militants réside principalement dans la capacité à s’accaparer les clés et l’acharnement à les garder.

L’institutionnalisation du parti pirate n’est pas forcément une mauvaise chose en soi. En tant qu’électeur, je l’espère même. En tant que citoyen, moins. Autant, comme électeur, je pense qu’il est important que certains thèmes soient représentés à tous les échelons de la vie politique, autant, comme citoyen, je considère que nos sociétés occidentales sont beaucoup trop hiérarchisées, centralisées, verrouillées par nos États.

L’électeur en moi désire être représenté dans un système partisan par des gens qui soient les plus proches possible de ses propres valeurs. Il acquiesce au bricolage in extremis avant les élections d’un parti pour récolter des fonds et assurer aux représentants actuels une porte de sortie honorable «au cas où». Il a compris que la politique était un métier et désire élire des gens qui en connaissent les rouages, typiquement donc ceux qui y ont déjà prouvé leur valeur et ont su s’entourer.

Le citoyen rêve lui de la Suisse, se méfie des partis et s’esclaffe lorsqu’on lui parle de représentation en Europe et encore plus en France. Il est en faveur de l’instauration de normes, de régulations et d’assurances maladies mais se méfie de la concentration des pouvoirs et est convaincu que donner à une seule entité nommée État la responsabilité de la mise en place de ces protections aboutit bien souvent à l’inverse, sans compter que cela donne à la politique un désuet caractère archaïque.

Or un mouvement qui veut décemment lutter contre ce poids de l’État tutélaire ne peut pas se permettre de trop s’institutionnaliser «à l’ancienne». C’est pourtant précisément ce qui se passe au Parti pirate et c’est ce que j’ai pu observer in vivo ce vendredi.

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