Qui a vraiment besoin d’héberger soi-même ses données ?

Soyons sincères pour une fois. Bien sûr l’auto-hébergement n’est pas et ne sera pas une solution. En tout cas ce ne sera pas une solution satisfaisante pour pouvoir radicalement changer les usages sur Internet.

L’auto-hébergement est compliqué et cher, tombe facilement en panne et suppose des acquis vrais pour la plupart des nerds mais faux pour le reste. Dans le discours des nerds, l’auto-hébergement doit permettre aux gens de prendre le contrôle de leurs contenus. Il n’y a que ce que tu héberges que tu possèdes vraiment.

Prôner l’auto-hébergement pour tous c’est supposer que le problème le plus urgent sur Internet, l’exigence essentielle, c’est de posséder ses données et contenus dans des endroits sécurisés et toujours accessibles pour nous. Il faudrait avant tout utiliser des interfaces éprouvées et a minima garantir la compatibilité entre les différentes techniques utilisées. Un fichier de configuration devrait pouvoir passer de la carte à trou antédiluvienne au dernier SSD. Les services qui ne garantissent pas cette compatibilité seraient dangereux et idiots.

La sécurité des données et leur accessibilité seraient le mètre étalon de tout service et seul l’auto-hébergement permettrait de répondre à la problématique. La solution d’auto-hébergement adoptée devrait bien sûr mettre en œuvre une sauvegarde régulière solide, avoir une forte tolérance aux erreurs et une résistance remarquable aux tentatives d’effraction et, cerise sur le gâteau, devrait être montée sur ressort.

Cette position élitiste vient d’être très clairement critiquée par Tante dans un excellent billet de blog récent, que je vous invite fortement à aller lire (en anglais):

Dire aux gens qu’il faut s’auto-héberger quand une grande entreprise ferme un service, c’est tout à fait dans le même style que Marie-Antoinette qui conseillait aux paysans qui n’avaient plus de pain de manger de la brioche.

Pouvoir s’auto-héberger est une solution réservée à quelques personnes douées et riches. Pour le reste défendre cette position est du pur cynisme.

Tante souligne que la division du travail de notre société ne permet pas à tous d’avoir des compétences suffisantes pour s’auto-héberger. J’ajouterais que ce que les monomaniaques de l’auto-hébergement voient comme une privation de liberté est au contraire perçu comme un progrès pour beaucoup d’autres. Se libérer du fardeau de la configuration d’un serveur Usenet pour pouvoir gérer ses propres groupes de discussion est bel et bien un progrès. On n’a plus besoin d’être initié aux mystères d’Éleusis pour pouvoir communiquer.

Pire: le paradigme des nerds pro-auto-hébergement suppose que l’important c’est vraiment les données. Vu que je suis un gros archiveur des multiples listes auxquelles je suis abonné j’irais presque jusqu’à leur donner raison. Mais une telle position oublie que les communications éphémères et passagères ont aussi de l’importance. Snapchat a vraiment du succès. La permanence des données n’est pas toujours le plus important. Le motto de Gmail «archiver au lieu d’effacer» a longtemps paru à beaucoup un peu grotesque et ésotérique. Qui d’ailleurs a vraiment besoin de consulter des centaines d’archives de conversations figées par le temps ? Il est aussi beau de construire des châteaux de sable.

Ce qui est pertinent, ce sont bien plus souvent les relations que les conversations. Un compte dont on s’occupe avec soin sur un site avec des fonctions sociales permet de construire une réputation qui est une certaine forme de capital social. Lorsque Facebookgoogletwitteryahoo menace de fermer, ce qui fait mal au cœur n’est pas tant le risque de perdre les données accumulées sur le service que les entrelacs de relations que nous avons tissées à travers ces données.

Ces relations ne dépendent pas de contenus particuliers mais restent et le plus souvent peuvent quand même résister à la disparition d’un service ou à une migration par mode. Les adolescents qui ont délaissé VZ en Allemagne 1 avant son quasi-arrêt ne sont pas devenus des ermites. Ils sont passés au service précaire et non auto-hébergé suivant. Nous sommes là dans des champs mouvants et dynamiques où il importe peu que les services soient si stables que cela:

Internet tuera tout ce que vous aimez. Mais à ce moment vous n’en aurez cure.


  1. L’équivalent local de Facebook avant que Facebook ne prenne le pas. 

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