Legacy Media : du vin analogique dans des tuyaux numériques

La légende vit.

Legacy Media. Legacy signifie en anglais héritage ou legs. Le concept seul a quelque chose d’enchanté, fataliste, un peu comme un récit de héros qui dans les grandes lignes repose sur des événements vrais mais est embelli de génération en génération de sorte qu’à la fin on ne puisse différencier ce qui relève de l’invention ou du vrai. Ou qu’on ne veuille plus.

Il y a quelques jours j’ai eu l’honneur d’être invité par la MedienHaus de Vienne dans le club presse où nous avons discuté pendant une journée entière des «Médias en transition». Lucy Küng de l’université de Saint-Galle faisait partie des orateurs internationaux de même qu’Anthony Sullivan du Guardian. La présentation de Sullivan m’a séduit parce qu’il racontait comment le Guardian s’était fait un devoir de repenser le journalisme.

Le concept de journalisme ouvert renvoie aux plates-formes de financement participatif ou de retours des lecteurs. Cela peut prendre la forme d’un Hackaton durant lequel on demande à des gens invités pour l’occasion de développer des outils webs pour le Guardian.

L’importance du mobile

À la pause de midi j’ai chopé mon iPhone et j’ai discuté avec Anthony de son travail comme développeur produit. Où il recrute ses gens, l’importance des portables et tablettes, et quelles rôles jouent Google, Facebook et Twitter.

Modes de consommation pendant la journée. Les journaux le matin et les tablettes le soir

Un monde en mutation

Lorsque je regarde le paysage des médias allemands, auxquels j’appartiens moi-même, je ne suis pas aussi pessimiste que j’ai pu l’être. Partout où je suis allé, j’ai toujours été le témoin d’une transition continue. Les maisons d’éditions tout comme les producteurs audiovisuels financés par l’argent public se sont réveillés de leur sommeil de mille ans et ont commencé à battre le fer de la nouvelle réalité médiatique, en s’adressant à ce nouveau public exigeant.

Il y a cinq ans je racontais aux étudiants que bientôt il n’y aurait pas de job plus passionnant que le journalisme. J’ai l’impression que ce temps est venu. Je n’ai jamais vu autant d’enthousiasme à tenter différentes expérimentations avec l’intuition impérieuse qu’il faut faire des erreurs pour apprendre.

Encore trop de conscience de classe

Cependant nous sommes toujours trop timides dans nos expérimentations. Ainsi la plupart des grosses maisons s’obstinent à ne considérer les nouveaux canaux comme Facebook et Twitter que comme des moyens de diffusion au lieu d’utiliser les retours qu’ils reçoivent sur ces plates-formes.

Dans notre vieille manière de penser ça fait sens: Dans les ateliers sur les médias sociaux et le classement Google on apprend comment envoyer un article en première page Google et comment on optimise les données pour le Social Graph de Facebook.

Ce sont des premières étapes importantes mais insuffisantes. Toutes ces activités ne sont là que pour envoyer. Quand voudrons-nous aussi recevoir ?

Un crédo, pour les patrons aussi

Pour survivre dans ce nouveau monde, pour pouvoir le saisir, il est nécessaire d’avoir un crédo. Un saut dans l’inconnu. Une épreuve que doit réaliser chacun d’entre nous, même les patrons.

Récemment, j’ai débattu avec une manageuse de haut-rang à l’ARD pour savoir s’il fallait avoir twitté soi-même pour comprendre ce qu’est Twitter. Elle croyait que non, qu’il suffit simplement de savoir qui s’occupe de la question et de la lui déléguer.

Je pense que c’est de l’ignorance. Seul celui qui pratique régulièrement les réseaux sociaux peut comprendre à quel type de communication, de tous à tous, on a affaire là. Ce n’est que comme ça que l’on saisit quels sont les petits éléments qui permettent de créer la tendance au delà du murmure incessant. Et bien sûr, essuyer quelques tsunamis de commentaires rageurs de temps en temps peut permettre de ne pas recommencer.

Du vin analogique dans des tuyaux numériques

Le public change plus vite que bien des professionnels

Concrètement : nous optimisons les voies de diffusion mais nous ne concentrons pas assez sur le contenu. La plupart des infos que nous envoyons via des dizaines de canaux sont simplement copiées sans amour d’une quelconque agence de presse et agrémentées par des images sorties de nos banques de données. C’est ce que j’appelle du vin analogique dans des tuyaux numériques.

Pour pouvoir réussir dans le web, il faut sentir le lecteur. Notre public est différent de celui d’il y a 10 ans. Il ne se laisse pas si facilement cadrer dans des classes sociales ou d’âge qu’avant. Il a des attentes très différentes d’auparavant.

Il est très critique et pardonne peu parce qu’il compare facilement les contenus et les sources et parce qu’il peut aussi être lui-même un émetteur. Ce sont de plus en plus des partenaires de communication plutôt que des simples récepteurs idiots, sur un mode télévisuel.

Un nouvel état d’esprit

Ce tournant exige que les professionnels des médias adoptent un nouvel état d’esprit que celui de l’époque où nous avons été socialisés. Il n’est plus possible de simplement prêcher notre vérité du haut de notre chaire.

C’est comme apprendre à nager ou à rouler à vélo. On tombe ou on boit la tasse. Mais celui qui passe son temps à demander des ailes pour nager (comme des taxes ou subventions supplémentaires) ou des vélos à roulettes (comme un droit voisin pour la presse) afin de continuer à vivre comme avant perd un temps pourtant précieux.

À la fin le tournant de l’ère numérique prend aussi la même forme de dramaturgie que dans les récits de héros~: Seul celui qui est prêt à courir des risques quitte à chuter et mourir de sa belle mort sera loué et pourra arriver à atteindre l’autre rive. Celui qui se refuse par contre à enjamber son Rubicon intérieur fera bientôt partie des médias «legacy».

En anglais, le mot legacy a aussi le sens de patrimoine.

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