Déclaration de dépendance du cyberspace

Il y a quelques années, en 1996 (les vieux du village s’en souviendrons peut-être), John Perry Barlow a écrit la Déclaration d’indépendance du cyberespace. Ce document a été largement regardé par l’élite numérique comme la pierre angulaire de tout ce qui touche Internet.

Ce document proclamait l’indépendance du monde physique de ce tout nouveau cyberespace. Les gouvernements, leurs restrictions, règles et régulations n’y auraient pas leur place. Une telle pensée traverse toujours beaucoup d’articles et d’essais sur la nature d’Internet et son but.

Lorsque nous arrivons sur une page web à accès géographiquement restreint nous ressentons l’influence des lois du monde physique dans lequel nous vivons alors que dans le monde numérique les 0 et 1 semblent circuler librement. Il nous semble alors que ces lois sont caduques et que le cyberespace ne devrait pas être ainsi cassé, dénaturé. Ce qui est intéressant c’est que cette impression est erronée.

L’indépendance du cyberespace a été acclamée avec enthousiasme pour deux raisons simples :

Le cyberespace était plein de gens doués, créatifs. Des artistes, des scientifiques, des hackers. Basiquement l’antithèse des foules consuméristes qui débarquèrent après et que l’on avait appris à mépriser. Avec ceux qui étaient en ligne, tout semblait possible. Les utopies semblaient à portée de main. L’ère des super-héros allait arriver. La singularité était une affaire de semaines.

Bien sûr, cela ne s’est pas passé comme ça.

À un moment, Internet devint grand public. Comme l’écriture ou le jazz. Lorsque nous recevions tous les jours un nouveau pack de disques AOL dans notre boîte aux lettres nous aurions dû nous en rendre compte.

Il y a quelques années un procureur a demandé au porte-parole de The Pirate Bay Peter Sunde s’il avait déjà rencontré ses collègues «dans la vraie vie», Peter répondit :

Nous n’aimons pas l’expression « Dans la vraie vie ». Nous disons « Loin du clavier ». Nous pensons qu’Internet est réel.

Peter ne pouvait voir plus juste. Internet est réel. Le monde physique est réel aussi. Prétendre qu’il y a là deux facettes indépendantes de la réalité même si nous circulons sans cesse de l’une à l’autre en ne faisant rien de plus que vivre est au mieux étrange et au pire schizophrénique.

Quand dans Internet il n’y avait que des groupes de discussions, des canaux IRC et des sites webs avec des gifs animés qui disaient « Envoyez moi un mail », les deux mondes semblaient distincts et indépendants. Mais à présent, regardez autour de vous.

La moitié des appareils de la pièce où je suis sont connectés à Internet d’une manière ou l’autre. Bientôt vos plantes auront des comptes Twitter qui vous diront quand les arroser. Nous empilons les couches de données sur le monde physique. Ces données nous connectent et nous repèrent sur cette boule de poussière qui roule dans l’espace. Votre téléphone ne se contente pas de vous dire comment se déroule les manifestations en Turquie et au Brésil mais sait aussi parfaitement où vous êtes et vous permet d’éviter de manger dans ce joli petit resto pour préserver votre estomac.

Internet n’est pas fait d’idées ou d’éther. Il est fait de câbles de métal et de fibres de verre ou plastique. De même que nous sommes coincés dans nos corps de chair, Internet est essentiellement coincé dans des datacenters, des usines à données. C’est une perspective différente sur la réalité, qui ouvre d’autres manières de communiquer. Certaines sont formidables et d’autres sont horribles (les forums je pense à vous). Elle augmente exponentiellement nos capacités humaines en nous permettant de voir un nombre quasi infini de vidéos de chatons.

Le cyberespace dépend du monde physique de même que le monde physique, nos infrastructures et industries, ont désormais besoin d’Internet pour fonctionner. Le cyberespace et le monde physique sont entretissés et il est temps d’arrêter de les regarder comme des ennemis.

Certes, Internet nous a montré que beaucoup de lois sont stupides. Mais elles ne sont pas stupides que sur Internet. Elles sont stupides en général. Ce n’est pas à cause d’Internet qu’elles ont besoin d’être changées mais pour des raisons plus générales.

À présent la singularité semble être retournée dans les limbes de l’avenir. C’est bien. Nous avons perdu l’entre-soi de nos petits cercles d’amis qui connaissaient nos protocoles tout personnels. En échange nous avons gagné le potentiel d’embarquer toute l’humanité dans l’aventure, en leur montrant les possibilités infinies que nous avons explorées avant eux.

Je n’ai jamais pensé qu’Internet était le salut d’une petite élite. Je crois qu’en faisant sienne la connexion profonde et indépassable entre le monde des données numériques et le monde physique, nous pouvons construire un monde meilleur pour tous. C’est tout ce qui compte, n’est-ce pas ? 

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