Un goût de 1984 : L’usage de la biométrie en Argentine aujourd’hui

Il y a quelques temps, lors d’une série de billets de Falkvinge sur le prétendu paradis des libertés civiles que serait la Suède, il y avait un post sur l’indexation des empreintes ADN en Suède . Le pays serait «à la pointe» dans le domaine. Je ne sais pas si la Suède peut se targuer d’être au top, mais, quand j’ai lu et traduit ce post, j’ai tout de suite pensé que chez nous, en Argentine, nous en sommes dangereusement près.

J’allais bientôt passer mes vacances en Europe, et j’ai pensé que ce voyage pourrait m’aider à analyser ce qui se passe chez moi. Je n’avais pas tort.

Nous, les Argentins, savons ce que biométrie veut dire. L’un des premiers systèmes d’empreinte digitale a été inventé à Buenos Aires, et a été utilisé pour faciliter la répression lors des dictatures militaires que nous avons endurées, particulièrement durant la sale guerre. De fait, grâce aux lois de l’époque, chaque citoyen doit avoir une carte d’identité sur laquelle se trouvent ses prénom, nom de famille, adresse, date de naissance, sexe, empreintes digitales et photographie.

Que ce soit parce que des milliers de personnes ont «disparues» pendant la dernière dictature ou pour une autre raison, nous sommes très attachés au droit d’avoir une identité reconnue par l’État, et nous avons fini par considérer cela essentiel dans notre société. Qui plus est, personne n’avait cherché à trafiquer le système pour servir ses intérêts. Jusqu’à aujourd’hui.

Les derniers progrès du gouvernement sur ce terrain sont terrifiants, pour le moins. Allez voir les rapports de l’EFF en anglais ou celui en espagnol de la Fundación Vía Libre, ils en parlent mieux que moi. Jusqu’il y a peu, personne ne s’intéressait à vos empreintes, sauf si vous étiez recherché ou condamné, et votre photographie n’était même pas numérisée. Mais grâce à un nouveau décret (donc sans l’accord du Parlement), un registre central vient d’être créé.

En novembre de l’année dernière, le Sistema Federal de Identificación Biométrica a été créé. La police fédérale a désormais accès à cette base de données nationale, et vice-versa. Toutes les informations précédemment réparties sur des centaines de cartes d’identité y sont centralisées et numérisées. Depuis janvier de cette année, chaque nouveau-né subit une prise d’empreinte qui est stockée dans cette base, et tous les passeports et cartes d’identité renouvelés sont aussi numérisés.

Cependant, le plus inquiétant est l’usage qui est fait de cette base de données. C’est là où mon voyage en Europe devient intéressant. Lorsque j’étais à San Sebastián, le gérant de l’hôtel m’a demandé :

Gérant: L’Argentine ? Ce n’est pas là-bas que vous ne pouvez acheter des dollars que si vous voyagez ? 1

Moi: *un peu honteux* Si…

Gérant: Et vous devez rendre ces dollars une fois que vous êtes rentrés ?

Moi: *de plus en plus honteux* Oui…

Gérant: Mais comment savaient-ils que vous partiez en voyage ?

Je lui ai raconté que chez nous les empreintes de tout le monde étaient enregistrées, et que tous les aéroports savaient quand vous passiez par chez eux ainsi. D’ailleurs, peu importe si vous êtes du pays ou pas, vos empreintes sont prises à tous les coups. Les prises d’empreinte sont envoyées au fisc argentin pour qu’ils croisent les données avec les personnes ayant demandé des devises étrangères. Il paru un peu effrayé, et il convint que c’était digne d’un cauchemar d’Orwell.

Malgré les protestations des ONGs locales, le gouvernement continue à perfectionner sa base de données et envisage de la croiser avec de plus en plus d’autres bases. Je doute toutefois que les scandales de corruption pourront être ainsi évités…


  1. Cette règle est valable pour toutes les devises étrangères 

Commentaires !

Vous pouvez discuter en temps réel dans le webchat ou en pointant votre logiciel jabber sur polnetz@conference.sploing.be.

Vous pouvez aussi me contacter par mail à netz@sploing.be.

Mais surtout, contribuez !

Pourboire et parrainage

Pourboire

Sploing ! Bécassine wants your money

Bécassine vous propose de me donner quelques sous pour le temps et l'argent investi dans la rédaction de l'article que vous avez lu et la maintenance du blog aux adresses suivantes.

Pour chaque don je vous embrasse virtuellement et vous envoie un petit mot doux.

Si vous ne savez pas ce que sont des bitcoins, voici une foire aux questions et une présentation des logiciels disponibles.

Parrainage

Pour 0,02 BTC=1LTC=10000DOGE

Vous pouvez parrainer cet article ou un article déjà existant.

Pour 0,04BTC=2LTC=20000DOGE

Vous pouvez me demander de traduire un article dont vous serez automatiquement parrain. Envoyez-moi un mail à netz@sploing.be pour les détails.