Toute création intellectuelle devrait fonctionner comme la Science.

Je ne suis pas d’accord avec l’idée selon laquelle une longue durée de protection de la propriété intellectuelle dissuaderait les investisseurs. Bien au contraire, le fantasme de ces derniers est de voir leurs investissements protégés le plus longtemps possible, si possible sans limite !

C’est d’ailleurs pour cela que Disney paie très cher les lobbyistes du cinéma pour repousser le passage du personnage de Mickey dans le domaine public. N’oublions pas que la protection de la propriété intellectuelle est un monopole accordé à l’inventeur pour lui permettre d’obtenir un retour sur son investissement.

Je milite pour ma part de manière encore plus radicale que Engström et Falkvinge pour l’ouverture immédiate et universelle des droits sur toute création intellectuelle. D’abord, pour le dire vite, parce que créer artificiellement de la rareté sur des biens non rivaux est une attitude parmi les plus incompréhensible et stupide qui soient, ensuite parce que cela permet d’éviter les situations abusives en libérant drastiquement la créativité et l’innovation. Les modèles économiques qui ont émergé sur la base du logiciel open source montrent que cela fonctionne bien et que tout le monde y trouve son compte (on peut penser à IBM, HP ou Oracle qui depuis plus d’une décennie ont fondé leur politique de développement de produits logiciels sur l’open source). Même Microsoft qui dans un rapport interne à la fin des années 90, tenait ce modèle pour “fatal à terme” (cf. “Halloween documents vient juste d’ouvrir un département open source (on conviendra qu’après avoir tiré l’industrie du logiciel pendant une décennie, Microsoft représente aujourd’hui l’archétype du “follower”, ce qui donne d’autant plus de poids à son volte-face en faveur de l’open-source).

J’invite le lecteur à se renseigner sur les effets respectifs de la protection et de la non protection de la propriété intellectuelle. Un rapide état des lieux montre que le plus puissant moteur de l’innovation n’est pas la protection mais l’ouverture. Les exemples abondent, je n’en citerai que trois. Dès le 18eme siècle l’industrie de la soierie Lyonnaise qui, basée sur la publicisation immédiate des inventions (dans un article scientifique Foray et Perez ont nommé cela ‘“Open technology sont parvenus en quelques décennies à s’imposer largement face à Londres leur compétiteur dans une Angleterre qui venait d’adopter le brevet. Deuxième exemple, dans les années 60 le gouvernement américain a racheté tous les brevets déposés par Rank Xerox pour ses photocopieurs et les a mis dans le domaine public pour débloquer l’innovation dans le domaine de l’impression feuille à feuille et permettre à l’industrie des imprimantes informatiques de prendre son essor (il me semble que cette histoire est assez bien exposée dans le livre “Du bon usage de la piraterie” de Florent Latrive, disponible en téléchargement). Enfin mon dernier exemple est celui du Reggae devenu un genre musical majeur et qui est né à la Jamaïque, une petite île des caraïbes dans laquelle régnait l’anarchie musicale la plus totale - en termes de propriété intellectuelle - et qui n’a signé la convention de Berne que le 28 septembre 93. Si elle l’avait signée plus tôt il est probable que le Reggae n’aurait pas d’existence économique à ce jour (cf. documentaire “Studio One Story”).

Bref, dès lors que toute création intellectuelle provient nécessairement d’un corpus culturel préexistant, je trouve que la libre disposition de ladite création par l’ensemble de la société est un simple renvoi d’ascenseur et qu’à ce titre l’idée même d’une appropriation de cette création, que ce soit pour 100 ans, 20 ans ou même un an, me semble être un bug de raisonnement.

Je ne crois pas que cette idée soit délirante car il existe un modèle proche, traitant lui aussi de la création intellectuelle et entièrement basé sur la production et le partage du savoir. Ce modèle n’est pas parfait, mais il existe depuis des millénaires et ne fonctionne pas si mal, on l’appelle la Science.

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