Échecs et réussites du Parti Pirate Français aux législatives 2012

Je vais être court sur la réussite, qui est évidente : le Parti Pirate avait 100 adhérents il y a quelques mois, et en a 700 pour l’instant. Très bon bilan. Il est passé de l’ombre à la lumière, en réussissant à présenter 100 candidats et à obtenir une couverture médiatique convenable. Ce qui fonctionne ne sera pas l’objet de cet article, concentré sur ce qu’il y a à améliorer.

  1. Introduction
  2. Le technique
    1. Un wiki national plus esthétique
    2. Des interfaces de blog locaux remodelées
    3. Une autre plateforme de discussion et de publication des points de vue des adhérents et du parti
    4. Des serveurs qui tiennent la charge
  3. Le politique
    1. L’argent c’est le nerf de la guerre
    2. Certaines circonscriptions nous sont électoralement défavorables
    3. Ne sommes nous pas trop lisses, sages, légalistes dans notre image ?
    4. Trop de références aux Partis Pirates allemands et suédois ?
    5. Nous manquons clairement de programme
      1. La réexplication de notre réforme du droit d’auteur
      2. La régulation de la finance
      3. Les questions morales
      4. Cannabis, drogue
      5. Les questions agricoles
      6. La recherche
      7. Le revenu de vie
      8. À vous de compléter dans les commentaires… ;)
    6. La médiatisation Internet c’est bien, mais pas suffisant
    7. «Ni droite ni gauche mais en avant», ça ne marche pas
    8. Il y a une certaine immaturité dans la prise de conscience du poids de la parole d’un politique
  4. Le structurel

Introduction

Tout d’abord bravo à tous les candidats et leurs suppléants. Vous avez quelques retours de candidats ici. Ensuite, pour le boulot monstre abattu par les équipes élections et techniques, je salue très bas leur travail.

Je me permets de tirer un peu à moi la couverture pour l’équipe rédacteur et celle français de l’étranger. Pour l’équipe rédacteur je dois surtout remercier David Dufresne et Baptiste Marcel pour leur travail. Pour le vote des Français à l’étranger, c’est surtout Mathilde Cameirao, Benoît Sibaud et @letahoo (grand merci à lui) qui ont participé à la mise en place des dossiers de presse et de la com’ sur le vote par Internet.

Spéciale dédicace aussi à mon candidat bien aimé, Romain Devouassoux.

Désolé à ceux que je n’ai pas trouvé sur le web voir oublié ;( Rappelez-le moi au plus vite ;)

Il me semble qu’après les élections, le temps est venu du bilan. Je vais essayer de pointer des échecs selon moi du Parti Pirate et donc des points d’amélioration, ce qui est le plus important. Tous les commentaires sont les bienvenus.

J’ai organisé ces cafouillages en trois catégories : techniques, politiques, et structurels. Les points sont classés du plus au moins polémique à mon sens. Sachant que le diable est dans les détails et que le plus dur n’est pas de dire mais de faire. Ce billet est une esquisse. À sa lecture il doit vous paraître évident qu’il demande à être complété. D’ailleurs n’hésitez pas à remplir les paragraphes lacunaires dans les commentaires.

Le technique

J’ai signalé dans un journal sur LinuxFr que la multiplicité des canaux de discussion et diffusion des informations était une source de déperdition des efforts. Je vous laisse découvrir le contenu du post et les commentaires que je ne reprends pas ici. Je n’ai toujours pas trouvé de solution miracle. Cependant j’ai depuis pris un diagnostic relativement clair :

J’ai bien une idée concrète pour faire avancer les choses : un wiki + une plateforme basée sur le même code que Linuxfr + quelques listes de travail + des outils de discussion instantanée. Le principal problème étant ensuite bien sûr que les équipes techniques suivent pour la mettre en place et que les adhérents soient d’accord pour arrêter de poster sur le forum et les listes publiques actuelles, qui seraient archivés mais désactivés.

Le wiki sert à retenir et organiser les informations. La plateforme à la Linuxfr sert à discuter publiquement du programme et à réagir aux actualités. Les listes de travail servent à la communication purement interne et la messagerie instantanée à … discuter en temps réel sans retenir les infos (surprenant non ?).

Un wiki national plus esthétique

Soit Mediawiki requinqué à la sauce pirate, soit Twiki, qui a l’avantage d’avoir une gestion des droits très fine. Remarquez que je n’invente rien, je ne fais que demander de copier ce que font les allemands, pour le coup très bien organisés, et c’est normal et heureux, avec 30 000 adhérents de plus. Que mettre sur ce wiki ?

Des interfaces de blog locaux remodelées

Il semble que le patron du blog des pirates d’Alsace va être utilisé. Formidable ! Un thème wordpress standard devrait être mis en place pour que les candidats et les sections régionales ne passent pas 10 heures à régler leur blog à chaque fois.

Une autre plateforme de discussion et de publication des points de vue des adhérents et du parti

La partie publication du programme du blog devra aller dans un wiki. La partie réaction médiatique devra être fondue avec la partie discussion générale et réactions des adhérents à l’actualité sur une plateforme dédiée. Pour ça le code de Linuxfr me paraît le mieux adapté. Je m’explique dans un autre billet plus en détail.

Des serveurs qui tiennent la charge

J’enfonce une porte ouverte, mais à chaque grand évènement médiatique, le blog national ou des législatives est tombé. En plus d’être peu pratique, ça donne une mauvaise image. Je fais confiance à l’équipe technique pour s’occuper de la situation.

Le politique

L’argent c’est le nerf de la guerre

Il me paraît clair qu’il est illusoire de vouloir faire plus de 0,3% à une élection si on ne propose pas suffisamment de bulletins. Une collecte de fonds via un site de financement participatif comme Kickstarter ou Bankeez sera nécessaire.

Je suis aussi pour que le Parti Pirate se prononce franchement en faveur d’une réforme de la loi électorale qui permettent à l’État de prendre en charge les frais essentiels des partis comme les bulletins ou circulaires. Cette ouverture pourrait être contrebalancée par la nécessité d’un nombre suffisant de citoyens qui parrainent les partis.

Ou alors on devrait remplacer les bulletins par des listes où l’on coche des croix, de sorte que les petits partis n’aient pas à financer de bulletins. Cette possibilité aurait l’avantage d’être plus économe et écologique pour tout le monde.

Certaines circonscriptions nous sont électoralement défavorables

Question de sociologie, et d’adéquation de notre programme à ces sociologies.

Ne sommes nous pas trop lisses, sages, légalistes dans notre image ?

Jouons nous assez du côté pirate ? Le clip par exemple, qui avait déjà le mérite d’exister, m’est apparu trop plat. Question de diction et de musique.

Trop de références aux Partis Pirates allemands et suédois ?

Pour Christophe Masutti, c’est apparemment le cas :

On est là pour construire un PP français, pas calquer un modèle germaniste/nordiste dans des circonscriptions qui ne collent pas avec. Qu’est ce que ca donne à Marseille ? En Alsace par contre ca peut à peu près marcher (je dis ca parce que j’y habite).[…]

En France, ce n’est selon moi pas du tout la même chose que chez nos voisins nordiques (qui, individuellement, n’ont pas du tout la même culture politique) ou des pays de l’Est (où la notion de liberté individuelle a un sens très différent et souvent encore très douloureux à cause de l’histoire récente).

Nous constituons une frontière culturelle, une sorte de barrière latine, et il faut absolument décliner le Parti Pirate en fonction de l’histoire si particulière de la France et en fonction d’un positionnement par grands thèmes : il faut traiter d’idéologie… L’Internationale des Pirates n’a de sens qu’en multipliant les clés de lecture de problèmes similaires.

Certains articles ont déjà paru sur le sujet, qui nous prédisent un avenir noir parce que notre pays serait trop conservateur ou que les différences culturelles seraient trop fortes. Certes ces différences culturelles sont potentiellement intéressantes. Mais c’est aussi du sable, ie imprécis/vague comme fondation. J’ai personnellement fait de la sociologie, et je sais combien il peut être dur de définir «une culture». D’autant que la France et l’Allemagne, intuitivement, ne sont pas les pays les plus éloignés du monde.

Au lieu de se fonder sur des différences culturelles certes peut-être réelles mais très sûrement aussi pas toujours là où on les attends et où elle sont revendiquées, et au lieu de mettre en exergue notre latinité contre l’exemplarité nordique, ce qui n’est, au fond, qu’un moyen commode de refuser de porter la faute des échecs en accablant notre culture politique, il me semble que l’on devrait d’abord résoudre les problèmes concrets que j’énonce par ailleurs dans cet article.

Enfin, surtout, changer notre culture politique, n’est-ce pas ce que nous voulons ? Vouloir arrêter parce que notre culture politique n’est pas adaptée à notre mouvement est donc tout à fait contreproductif : c’est justement ce contre quoi nous voulons nous battre.

Nous manquons clairement de programme

La Politique du Netz c’est bien, mais il n’y a pas que ça qui fait vivre son homme.

Je propose comme pistes d’amélioration de s’intéresser à

La réexplication de notre réforme du droit d’auteur

Non je ne suis pas obtus ;) À lire les commentaires dans les journaux à droit à gauche, j’ai l’impression qu’il n’y a pas 5% de la population française qui a lu cet article. Pourtant la réforme du droit d’auteur selon le Piratpartiet suédois au Parlement Européen est loin d’être utopique ou idiote. Elle mériterait d’être réexpliquée pour que nous ne passions pas simplement pour des farfelus qui veulent tout pirater gratuitement, ce qui n’est pas et n’a jamais été notre position.

La régulation de la finance

Pour reprendre Christophe Masutti :

Nous vivons des temps de crise économique, on débloque des milliards d’euros pour «sauver les banques» de leur propre connerie.

Mais dites moi : les flux financiers, la rapidité des échanges mondiaux, la logique boursière… Depuis les téléscripteurs de Wall Street des années 1920 jusqu’à nos ordinateurs surpuissants en réseau d’aujourd’hui : n’est ce pas uniquement du numérique ?

Le seul vrai «second Internet» est cette puissance dangereuse au-delà des États. C’est bien en substance cette puissance numérique qui fait de la finance une contre-puissance sociale, non ? Le traitement informatique des capitaux financiers ne devrait-il pas être lui-même sujet à une surveillance sociétale ? Ne manque-t-il pas un wikileaks de la finance ?

Et sans vouloir jeter de l’huile : le traitement des fonds (publics) européens devrait à mon sens lui aussi être sujet à réflexion. Tout cela entre dans le souci de transparence prôné par le Parti Pirate mais cette transparence c’est à l’État de l’exiger en tant que garant des libertés.

Les questions morales

J’ai été séduit par les très bons billets de Raphaël Isla sur l’euthanasie ou l’homosexualité. Ce sont des questions que nous devons absolument traiter à mon sens.

Cannabis, drogue

Le Piratenpartei est pour la légalisation des drogues dites douces et pour une réévaluation politique de la nocivité des drogues et de leur interdiction sur des critères scientifiques. Pour eux, la répression ayant largement prouvé son échec pour lutter contre le trafic de drogue, il reste le chemin de la protection, de la prévention et de la responsabilisation. Leur position est traduite rapidement ici.

Les questions agricoles

Carole Fabre l’avait déjà bien senti et expliqué dans une interview filmée, le brevetage du vivant via les OGMs nous est aussi absurde que le brevetage du logiciel mais encore plus ignoble, car des firmes comme Monsanto peuvent s’en servir pour condamner à mort des paysans criblés de dettes. Le Parti Pirate a là un boulevard pour proposer de nouvelles politiques agricoles durables et respectueuses de l’humain puis de la nature.

La recherche

Le Parti Pirate Suédois a déjà une position assez tranchée et éclairée sur les brevets pharmaceutiques (traduite ici) et la recherche médicale, qui doit selon lui être publique et non privée, pour libérer le savoir et mutualiser les coûts. Le privé doit se contenter de produire des médicaments génériques à bas coût. Une telle position donne des pistes de réflexion intéressantes sur le financement de la recherche, où une question principale est : Quand est-il dans l’intérêt général que la recherche soit privée ou publique, ou entre-deux ? Quel équilibre ?

Le revenu de vie

Le revenu de vie ou allocation universelle est une question qui me tient personnellement à cœur.

Il s’agit de libérer la créativité des individus tout en garantissant à chaque citoyen français d’avoir les moyens de mener une vie digne sans pour autant se sentir un «assisté», en donnant à chacun une somme inconditionnelle suffisante pour arriver à vivre décemment (donc proche du seuil de pauvreté), qui ne soit pas assez haute pour ne plus du tout inciter à travailler pour gagner de l’argent.

Les aides actuelles sont très sectorisées, chaque population a ses propres aides, et les règles sont parfois kafkaïennes.

À mon sens, cela résulte d’une idéologie paternaliste : l’État nounou doit contrôler pas à pas tout ce que font ses rejetons. Ce faisant, l’État bride les initiatives individuelles qui n’entrent pas dans ses plans et dépense des millions d’euros dans une administration uniquement destinée à contrôler les droits des uns et des autres. Il faut supprimer la catégorie des dit-«assistés» (pas les personnes ! la catégorie) pour supprimer leur stigmatisation, tout en facilitant en encourageant chacun à réaliser ses ambitions personnelles, sans contrôle de l’État.

En mettant tout cela à plat, nous gagnerons in fine de l’argent, en rendant toute un pan de la bureaucratie inutile.

Nous avons en France une population qui se prête à une telle initiative, surtout chez les jeunes : elle est le plus souvent bien formée, mais souvent sous-employée par rapport à ses qualifications. Nous avons également toute une partie de la population coincée dans un chômage résiduel et dont l’accès à l’emploi classique paraît durablement compromis, mais qui doit tout de même sans cesse rendre des comptes à l’administration.

Toute cette énergie qui s’épuise dans des boulots alimentaires ou des recherches d’emploi condamnées au détriment de sa propre formation, de sa propre réalisation, et donc de l’avenir du pays doit être libérée. Il faut permettre à tout un chacun de pouvoir recommencer des études ou fonder sa propre entreprise ou association sans craindre pour le lendemain.

La médiatisation Internet c’est bien, mais pas suffisant

Les plus médiatisés s’en sont les mieux sortis. Ceci dit, sur Internet, nous courons le risque de tourner en rond en nous congratulant les uns les autres. Au contraire il faut aller à la rencontre des populations et des électeurs. Sur la durée, les tractages et réunions publiques pour développer la base, le bouche à oreille, et la confiance ou bonne image qu’un contact direct peut apporter (ou pas :P) sont nécessaires.

Certains députés qui ne sont jamais à l’Assemblée sont réélus ou en passe de l’être simplement parce qu’ils ont passé 3 mois à sillonner leur circonscription et à répondre à toutes les invitations.

«Ni droite ni gauche mais en avant», ça ne marche pas

«Les gens» nous regardent avec des grands yeux incrédules, ou pensent que nous sommes d’extrême droite ou gauche. Le Parti Pirate devrait accepter son orientation de gauche libérale, voire libertaire (si, ça existe, c’est nous, pire que des libéraux, des libertaires, mais de gauche, car nous refusons de laisser crever notre voisin dans l’indifférence générale). Centre-gauche, c’est mieux qu’extrême-droite non ? Dans tous les cas, cet article ici sur le positionnement du Parti Pirate est à lire ;). Les concepts de liberté et de neutralité pirates sont aussi utiles à lire.

Il y a une certaine immaturité dans la prise de conscience du poids de la parole d’un politique

Par exemple répondre publiquement à des commentaires insidieux dans des journaux à grand tirage qui pointent qu’un candidat a accordé une interview (très bonne au demeurant) à Minute ne devrait pas être polémique. De même les mesures locales c’est bien mais cela laisse courir le risque que certains programmes locaux paraissent un peu trop folklos.

Le structurel

Autant prévenir, c’est un sujet qui me met mal à l’aise, car une structure à mettre en cause, c’est aussi des personnes derrière. Je préfère donc en parler à l’intérieur du parti et j’avance donc sur des œufs. Cependant, il me semble que les personnes qui ont encaissé bravement une augmentation des effectifs de 600 personnes en deux mois ont un peu souffert.

La seule solution à mon avis est maintenant de plus déléguer à ceux jugés compétents (et actifs !) ainsi que de distribuer les responsabilités afin d’éviter les abus, tendanciels chez tous les humains. C’est un équilibre à trouver entre la prise de responsabilité et sa dilution pour empêcher les abus.

Pour l’instant, une bonne idée qui me viendrait à l’esprit serait d’enlever le Politique à Conseil Administratif et Politique, pour qu’on ait un conseil politique quotidien élu/une cour suprême en plus de l’assemblée générale des adhérents qui soit dissocié de l’administratif au quotidien.

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