Parti Pirate : Protester en s’amusant. Et après ?

À chaque fois qu’on discute du parti pirate, on discute surtout du programme : Pourquoi ce parti ? A-t-il un programme ? A-t-il des sujets centraux (et il en a plus qu’un) ? Où le met-on dans le spectre politique ? Il y a aussi des questions plus structurelles : Qui sont les membres ? Qui vote pour lui, et pourquoi ? Est-ce qu’ils sont là pour se divertir ou pour protester ?

Parti protestataire et parti d’amusement. C’est dans ces cases que les partis établis veulent ranger le parti pirate. C’est correct. Les Pirates sont à la fois un parti de protestation et un parti d’amusement, mais pas dans le sens où on entend habituellement les termes. Protestation et Amusement : voilà l’essence du parti et sa contribution au système politique.

Protestation

Le Parti pirate est un parti protestataire. « Parti protestataire », cela paraît de mauvais augure; le reproche subséquent est l’absence de ligne directrice, de profil. Mais on ne délimite un profil que par opposition : En Allemagne Die Linke (le Front de Gauche en France) n’est pas le successeur du parti unique de la RDA mais une alternative pour ceux déçus par la social-démocratie. Les « électeurs libres » de Bavière sont des déçus des conservateurs de la CSU.

Si les pirates protestent, c’est contre autre-chose. Certes ils se définissent aussi contre les autres partis, qu’ils désignent comme des « vieux partis ». Mais la frontière se situe surtout au niveau du contenu : Le mérite du parti pirate au niveau des sujets traités est de mettre à l’avant de la scène pour tous les partis le sujet de la Politique du Netz. Et dans ce terrain, le Parti Pirate a longtemps réfléchi avant de présenter une proposition concrète, travaillée, et réfléchie. Même si sa stratégie pour réformer le droit d’auteur est rudimentaire.

Ça ne tient pas au manque de ressources comme des collaborateurs scientifiques ou des laboratoires d’idées proches : Le Parti Pirate est un parti protestataire contre la culture politique établie. Il est moins un parti de policy (à contenu programmatique) qu’un parti de polity (sur les formes institutionnelles). Les Pirates et leurs revendications se préoccupent moins de contenus concrets qui permettraient de changer le système de l’intérieur que du système lui-même. Transparence et participation : les Pirates s’intéressent plus à la construction d’une infrastructure à coup d’essais et d’erreurs et sur la base de leur compréhension de la politique qu’à la formation d’une idéologie et de contenus cohérents. Ce que l’on peut appeler la « neutralité de la plateforme » (traduit ici).

Il est normal pour un jeune parti qu’il n’ait pas encore d’avis arrêté sur tous les sujets (comme les verts en leur temps). Les pirates sont d’horizons idéologiques très divers, même s’ils ont déjà une orientation libérale de gauche postmatérialiste.

En tant que parti protestataire, le parti pirate et son électorat demandent au système parlementaire pourquoi il nous conduit surtout pour l’instant à la perte de signification des partis établis et aux pathologies des grandes organisations. La politique du Parti Pirate est celle d’une protestation contre les structures des partis établis sclérosées par le joug d’airain de l’oligarchie.

Amusement

Le Parti Pirate est aussi un parti d’amusement. « Parti d’amusement » sonne aussi assez mal. Parti du divertissement en Allemagne, ça voulait dire jusqu’ici Chance 2000 ou APPD pogonarchiste. Des partis qui ont pour fondation évidente un parfait sens de la facétie. Le Parti Pirate n’a jamais été comme ça, il a toujours été sérieux. Il n’a jamais été non plus un parti drôle à la manière tentée par le FDP lors de sa phase Guidomobile-18% (Guido Westerwelle était le leader du FDP), où ce qui était drôle était le chahut qu’il faisait.

Dans la Süddeutsche Zeitung, Heribert Prantl écrit sur le rapport du parti à la politique : « Le Parti Pirate assouvit ouvertement une envie de politique naturellement de bonne foi et savoureusement pour la démocratie directe ». Cette analyse dit quelque chose d’essentiel sur le Parti Pirate.

Il s’agit bien de l’envie de se faire plaisir en politique. Ça ne passe pas très bien dans notre culture politique officieuse et sérieuse. La politique, ce sont des affaires sérieuses. La politique, ce sont les affaires de l’État. Et Pony Time (la série My Little Pony doit être diffusé lors de certaines réunions selon les statuts du parti), n’est pas à la hauteur des affaires d’État. Depuis Max Weber nous savons tous que la politique s’apparente au forage long et pénible de trous dans d’épaisses planches.

Dans la culture politique allemande, on lit rarement la fin de la phrase de Weber : Les planches doivent être percées au jugé. Là-dessus nous sommes d’accord. Mais pas seulement au jugé, aussi avec passion.

Les Pirates apporte un nouveau terme à la politique, qui appartient à Hannah Arendt. Pour elle la politique n’est pas seulement de l’administration (plus exactement, ce n’est justement pas de l’administration), mais aussi le monde d’action par lequel ce qui est humain vient à affleurer. En politique les hommes s’accomplissent. La politique sert toujours leurs propres vœux : c’est une valeur en soi que de négocier les conditions de sa liberté.

Dans ce sens, le parti pirate est un parti d’amusement : Il s’accroche à ce caractère ludico-existentiel de la politique. La Politique n’est pas pour ses participants ce qu’une caste technocratique spécialisée est, mais quelque chose qui concerne tout, à laquelle tous devraient participer, à laquelle tous devraient pouvoir participer.

On reproche toujours à Hannah Arendt la vacuité de ses termes. La soit-disant vacuité du parti pirate résulte des côtés protestation et divertissement : le parti pirate voudrait transformer le cadre politique de telle manière qu’un style politique qui englobe et motive tout le monde devienne possible. La force du parti pirate est là où elle est une plateforme de négociation politique; sa manière ouverte et orientée vers la participation de faire de la politique la rend attractive pour diverses opinions politiques, et à cause de ce système il n’y a rien de tel qu’une « position pirate », sinon le fait d’en discuter et de la travailler en pirate. Un programme contentuel et idéologiquement cohérent pourrait même menacer le caractère « piratique » du parti.

Pour l’instant, dans la phase de parlementarisation du parti, se posent la question de l’avenir et de ses risques pour le parti : Sans mandat et vraie participation au pouvoir le parti discuterait sans garde-fou (encore un terme utilisé par Arendt). Mais comment est-ce que son intégration au pouvoir influencera le parti, quand il sera partie prenante de la machinerie politique et ne sera pas jugé sur les espoirs qu’il porte mais sur ses résultats ?

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