Interview du coordinateur international du Parti pirate allemand Gregory Engels

Le 18 avril 2010 fut fondée la confédération des partis pirates. Des représentants de 24 pays se sont rassemblés pour finaliser les statuts du « Parti pirate international », ie du PPI, et les ratifier. Bien sûr, un directoire a aussi été choisi, et le moscovite de naissance Gregory Engels a conquis un des deux postes de la présidence bicéphale (NdT: il n’occupe plus ce poste aujourd’hui). Gregory Engels a 33 ans, est marié, et a deux enfants. Il possède depuis plus de 12 ans une entreprise de commerce dans les nouvelles technologies. Depuis 1989 il vit à Offenbach. Il est à présent représentant à l’international du parti pirate allemand.

L’interview suivante a été publiée en allemand le 22 mai 2010. Elle date donc maintenant, mais présente toujours un intérêt « historique » pour savoir comment s’est fondé le parti pirate international et quels étaient les idéaux/problèmes. Les thèmes principaux sont la difficulté de faire travailler tous les pays et leurs membres individuels à l’échelle internationale, ce qui a mené Gregory Engels à s’engager, et les rôles et moyens du PPI.

Salut Gregory ! Tu étais un des pirates les plus actifs avant la fondation du PPI. Pourquoi tu t’engages aussi fortement au niveau international ?

Je suis aussi Coordinateur International du Parti Pirate allemand, et j’ai cherché vu ma mission à être en contact en contact étroit avec les pirates travaillant à l’international. Ainsi j’ai pu servir d’intermédiaire dans la dispute naissante en décembre 2009 entre les partis pirates de Suisse et d’Autriche et le cœur du PPI de l’époque. Le résultat est qu’un groupe de travail a été mis sur pattes puis restreint à l’espace germanophone pour développer une vision du PPI, savoir ce que l’on voulait en faire, pour enfin trouver si ces idées étaient applicables avec le PPI d’alors, ou non. Je devais coordonner ce groupe et lorsque j’ai demandé à l’équipe du PPI d’alors si je ne pouvais pas faire la même chose pour le PPI, ma condition était qu’il y ait un groupe de travail commun afin de minimiser les risques de division.

Gregory
Engels

Lorsque je me suis décidé à entrer chez les pirates et à devenir enfin actif politiquement, ça m’intéressait que les pirates fassent partie d’un mouvement international. Je suis né dans l’ancienne URSS, un État de non-droit, qui s’immisçait directement dans la sphère privée des individus pour supprimer leur liberté. Je peux encore me souvenir de la peur de ma grand-mère que ses petits-enfants disent quelque chose dans le bus qui puisse être compris comme subversif par quelqu’un. Il y avait des exemples de tels cas. Certes la situation a changé aujourd’hui en Allemagne, mais au niveau mondial, c’est différent. Il semble que partout la censure et les persécutions politiques des Autres gagnent du terrain. C’est pour défendre les droits des citoyens que je suis devenu pirate.

Pourquoi est-ce que la fondation d’un parti pirate international était si importante pour toi ? Qu’est-ce qui te pousse à être président de cette confédération ?

Comme je viens de le dire, j’ai déjà investi beaucoup de travail dans la fondation du PPI et son équipe de rédaction des statuts, avec le résultat que plusieurs pirates m’ont demandé de postuler à la future présidence du PPI. Je n’ai suivi ce vœu que tardivement, après la liste des candidats soit devenue vraiment longue, mais je ne le regrette pas. Je suis en particulier heureux de partager ce poste avec Jerry Weyer, parce que je l’apprécie beaucoup, et que je trouve que nous nous complétons parfaitement. L’attrait de la position de président du PPI est de pouvoir créer. C’est sans conteste une position où on démultiplie notre influence, et je me réjouis de pouvoir soutenir les mouvements des partis pirates là où ils sont encore faibles ou débutants.

Quelle image de lui-même a le PPI ?

Le PPI est une confédération de 22 partis pirates, et la mission d’une confédération est d’abord de soutenir les intérêts de ses membres. C’est pourquoi nous nous percevons comme « prestataires de services » pour nos membres. Tout ce que nous faisons vise à les renforcer. Et pour ce nous entrons dans la scène internationale, là où si ça se trouve on n’a jamais vraiment entendu parler d’un parti pirate, par exemple dans le dialogue avec d’autres organisations non gouvernementales internationales. Autrement, notre mission est aussi d’aider à la fondation de nouveaux partis pirates partout dans le monde. Dans le passé le forum du PPI a déjà avec succès été la rampe de lancement pour la fondation de quelques uns, comme celui du Canada ou de la Suisse. Cette activité ne peut nuire à personne et c’est pourquoi nous allons continuer. Finalement, il y a un autre aspect dans la représentation que nous avons de nous-même qui est périlleux, à savoir que nos membres nous ont donné la mission de renforcer les « liens internes et externes » du mouvement. Le PPI peut par exemple endosser sur demande le rôle du médiateur, et aplanir les conflits entre membres. Nous avons trouvé des réglages qui permettent d’éviter la division du mouvement et d’inciter les projets concurrents existants à travailler ensemble, et devons continuer à le faire.

Quels sont les prochains buts du PPI ?

La principale priorité est d’améliorer la communication et la structure du PPI en interne et en externe. Beaucoup de processus internes doivent encore être créés ou les existants doivent être améliorés. Un des principaux reproches avant la fondation du PPI était le manque de transparence de la vieille équipe. Nous voulons changer cela, par exemple le directoire ne siège que par conférence téléphonique et les enregistrements sont disponibles. La mise à disposition du public des minutes ne prend que quelques secondes et pas des mois. Nous voulons aussi abaisser la barrière à l’entrée pour des coopérations internationales. Ainsi nous voulons entre autres commencer aussitôt que possible la préparation des prochaines conférences pirates internationales aussi tôt que possible. Nous réfléchissons aussi à un événement international en Open Space autour des sujets de la protection du droit d’auteur et du copyright, où il n’y aurait pas que des pirates. Nous cherchons aussi des gens qui pourraient aider pour les traductions, les graphismes, les affaires juridiques, etc… Celui qui veut s’engager est le bienvenu.

Comment communique le PPI en interne et avec les pirates des différents pays ?

Nous communiquons principalement par courriel et liste de diffusion. Nous voulons aussi utiliser plus activement la plateforme libre mypirates.net (disparue aujourd’hui), pour combiner les différents médias comme le forum et le wiki, et aussi pour faciliter à tous l’accès aux conversations. Ensuite nous discutons de la communication des pirates, et il n’y a pas qu’un seul moyen. Nous le faisons sur le canal irc #ppi sur Piraten-Netz, dans des groupes linkedin ou sur twitter.

Est-ce que le PPI se manifestera aussi publiquement ?

Le directoire du PPI a entre autres comme mission de faire connaître le PPI. Mais l’accent est mis sur « le PPI », pas ses membres individuels ou les partis nationaux. Les dirigeants prendront contact avec la presse quand il s’agira de questions sur le PPI et ses missions, sinon nous redirigerons les demandes vers les partis nationaux. Nous voulons aussi entrer en contact avec d’autres ONGs et arriver à moyen terme à obtenir le statut d’organisation consultative à l’ONU, dans l’appareil européen, l’OMPI, etc…

Le PPI va probablement aider à la coordination d’une campagne européenne contre ACTA ?

Le PPI a fondé sa propre force anti-ACTA qui vient entre autres de publier un communiqué commun. Sinon le PPI soutient stopp-acta.info et la réunion Ad-Acta. Du reste je voudrais faire remarquer qu’ACTA n’est pas un problème purement européen mais plutôt mondial, et que dès lors nos membres d’Amérique du Sud, du Canada et d’Australie sont aussi intéressés.

Comment est-ce que votre travail est financé ?

Il n’y a pas été décider d’imposer une cotisation dans les délibérations lors de la fondation. Nous dépendons donc entièrement des dons. Bien sûr nous remercions nos membres s’ils veulent aussi nous financer. Les premières petites dépenses concerneront avant tout l’infrastructure technique. Ensuite nous devrons payer des honoraires à des avocats (ou peut-être huissiers dans le contexte) pour l’enregistrement du « Quartier général du PPI ». Finalement il y aura dans un an une conférence qui devrait aussi être payée. Nous essayerons de calculer la taille de l’événement de sorte que nous n’ayons besoin d’éconduire personne. En comparaison, il y avait 50 pirates présents à Bruxelles, et 20 autres n’ont pas pu venir à cause de l’éruption (du volcan islandais Eyjafjöll). Nous devions aussi refuser beaucoup de monde. Cette fois-ci il y aura donc certainement deux fois plus de monde.

Il y a deux pays qui n’ont pas signé. Qu’est-qu’on dit leurs représentants et pourquoi ont-ils été quand même intégré ?

Les délégués de Suède et de Pologne n’ont pas signé les statuts de la version actuelle. Ils avaient des doutes quand aux conséquences juridiques pour les partis nationaux et ne voulaient intégrer le PPI que quand leur directoire ou leur assemblée des membres accepterait les statuts.

Le PPI soutient les partis pirates de Suède et de Pologne exactement comme ses partis membres, de même que nous soutenus tous les partis pirates qui ne font pas encore partie de la confédération. Le seul désavantage pour les non-membres est qu’ils ne peuvent pas influer sur l’avenir du PPI parce qu’ils n’ont aucune voix dans l’organisation. Mais nous avons bon espoir qu’à la prochaine conférence nous pourrons faire monter aussi la Suède et la Pologne à bord.

Dans la division du Länder de Hesse tu es connu comme défendeur du principe de la démocratie directe. Est-ce que tu essayerais de défendre les mêmes idées à l’intérieur du PPI ?

Très clairement et résolument : Oui ! Je trouve que la démocratie directe vécue et la volonté de trouver de nouveaux chemins pour son application pratique est ce qui rend le parti pirate unique. Le PPI a une structure de démocratie directe au niveau international, tous les membres à part entière ont le même poids. Un pays, une voix. Indépendamment de la taille, de la participation financière ou du succès lors des dernières élections. Lorsqu’il y a plusieurs candidats pour un même pays, alors on leur demande de se fédérer à l’intérieur du pays. Un reproche possible contre ce système est que cela rend difficile la participation d’individus isolés. Il doit s’accorder avec les autres et convaincre son parti pour que sa voix ait de la valeur. Mais la plupart du temps il n’y a pas de chemin plus court. À ce moment des concepts comme la « Démocratie liquide » et le « Retour liquide » entrent en jeu. J’ai organisé à la marge du congrès fédéral de Bingen des contrats de « retour liquide » et de « liquidisateur » pour les délégations internationales des pirates de Suisse, d’Autriche et du Luxembourg, et je continuerais à m’impliquer dans ces sujets de manière à ce que nous puissions trouver un moyen de faire participer chaque pirate en personne au PPI.

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