Google n’est pas notre ennemi

Frederik Ramm est développeur logiciel indépendant, contributeur de longue date à OpenStreetMap (OSM) tant pour le code que pour les données, co-auteur d’un livre sur OSM et un des dirigeants de la Geofabrik à Karlsruhe, qui permet entre autres de mutualiser les conseils, développements et de enseignements autour des cartes libres. Il explique les relations entre la fondation OSM et Google dans ce billet.


OSM est souvent perçu comme la némésis de Google en cartographie ou au moins, sans rêve de grandeur, un de ses concurrents. Il est vrai que quand je dois expliquer OpenStreetMaps en un paragraphe je commence souvent par « Contrairement à Google Maps, avec OSM, on peut… » C’est peut-être la raison pour laquelle beaucoup pensent que Google est notre ennemi.

Mais est-ce seulement vrai ?

Nous avons toujours eux de bonnes relations avec Google. Ed Parsons, le « technologiste géospatial » de Google, et Steve Coast se connaissent depuis longtemps. Steve Coast a commencé à s’investir dans Open Street Map parce qu’il était frustré par les licences radines de l’agence (semi)étatique de géodonnées Ordnance Survey en Angleterre. À cette époque, Ed Parsons était le patron d’Ordnance Survey et il a dû défendre plusieurs fois la conduite de son entreprise par rapport à des nouveaux arrivants comme nous. (Quelques uns disent qu’il était aussi frustré des licences d’Ordnance Survey que nous). En 2006, Steve a même conduit une interview avec Ed pour le blog OpenGeoData. En 2007, lorsque notre premier congrès « State of the Map » a eu lieu à Manchester, Ed, qui était passé chez Google, a tenu le discours d’ouverture, et a sinon participé à de nombreux congrès ultérieurs comme invité ou orateur. À SOTM 2011 il a écrit

« Semaine formidable à State of the Map. OpenStreetMap a tout l’air d’un projet déjà mûr. »

Google a sponsorisé les « State of the Map », nous a donné depuis notre première participation en 2008 plusieurs places dans son « Summer of Code », et lorsque nous avons pour la première fois orchestré un appel aux dons en 2009, nous a donné le plus gros don, 5 000 livres, sans que nous ayons rien demandé.

En outre, technologiquement parlant nous profitons aussi tous les jours du rôle de précurseur de Google. Que nous puissions mettre une carte OpenLayers sur n’importe quel site et que tout le monde sache comment ça fonctionne : Google. Les projections que nous utilisons tous et qui tranchent beaucoup de nœux GIS-gordiens : Google. Le format de données PBF économe en espace de stockage et que nous utilisons de plus en plus : Basé sur les « protocol buffers » de Google. Et la liste continue. Je ne crois pas qu’OpenStreetMap ait plus profité du support direct comme indirect d’une autre entreprise que Google. Je me suis moi-même épargné d’innombrables heures en pouvant simplement déclarer : c’est comme Google Maps, sauf que chacun peut participer et réutiliser les données.

Certes, il y a eu quelques problèmes dans le passé, losque nous avons retrouvé des données OSM dans les cartes Google, mais ça a généralement pu être réglé rapidement à « l’échelon hiérarchique supérieur ». Aussi loin que je puisse m’en souvenir, c’était toujours des cas où un sous-traitant ou un utilisateur de « Map Maker » avait foutu le binz. Inversement, quand de temps en temps quelqu’un fait du zèle et utilise des sources Google sans que ce soit permis, nous supprimons ces données sans avoir reçu aucune injonction à arrêter.

Je ne suis pas dans le système Google, mais pour moi il est clair comme de l’eau de roche que l’agenda de Google est l’amélioration (et l’observation) du flux de l’information sur Internet. Google y gagne une compréhension précieuse de ce que la génération pré-facebook connaît encore sous le terme « vie privée », pour vendre de la publicité. Google lit tes mails, mais pas parce que ce sont des méchants, seulement parce que tu as librement décidé d’utiliser leur service gratuit et efficace de courriel. Google lit même les papiers internes de la fondation OpenStreetMap avant que nous les lisions parce que nous utilisons Google Docs. J’accorde volontiers que cette omniprésence et presque-omniscience de Google est quelque peu menaçante, mais cela n’en fait notre ennemi. Je suis sûr que Google partagerait volontiers nos cartes pour observer ses utilisateurs, mais cela n’en fait pas un concurrent. À l’évidence c’est parce que notre licence leur paraît inappropriée pour ça, et je ne les en blâme pas. J’ai entendu que quelques grosses compagnies sont prêtes à lancer des services basés sur OSM dès que nous changerons de licence, parce qu’ils se méfient de notre CC-BY-SA.

Nous avons déjà approché maintes fois Google parce que nous utiliserions volontiers leurs photos aériennes. La couverture et la qualité du matériel de Google est souvent meilleure que ce que nous avons reçu de Bing. Sans succès. L’excuse officielle est qu’ils ne possèdent pas la permission de transformer ces images, ce qui me semble un peu bizarre vu Mapmaker, mais qui sait. J’ai déjà vu beaucoup de licences très bizarres dans le domaine de la cartographie. Les images de Google Street View pourraient aussi nous aider à cartographier mais nous n’avons pas reçu de blanc-seing pour leur utilisation, même si dans quelques cas particuliers cela nous a déjà été permis.

OSM n’essaye pas d’être un meilleur « GoogleMaps ». Nous n’y arriverons jamais. Il nous manque quelques conteneurs remplis de matériels. Google s’est retrouvé à l’affiche des journaux parce qu’il a été dit qu’à l’avenir l’utilisation intensive de Google Maps serait payante et que quelques personnes influentes ont sauté dans le train switch2osm. Nous nous en réjouissons, mais en même temps il faut être honnête : Celui qui attend d’OpenStreetMap la même qualité de service que celle de Google Maps, avec un bon CDN, avec de la capacité à monter en charge et des infrastructures redondantes, comme dans l’offre Google, il ne s’en sortira pas forcément à meilleur compte que s’il restait chez Google. Dans un futur proche, OpenStreetMap n’offrira pas non plus de vue aérienne et beaucoup d’autres trucs que les utilisateurs de Google Maps pensent acquis.

Nous chez OpenStreetMap, nous ne cherchons pas à être une alternative à Google Maps, mais bien plutôt aux bases de géodonnées administratives ou produites commercialement. Nous sommes plutôt des concurrents pour TeleAtlas ou Navteq que pour Google. Google avait aussi commencé à récolter ses propres géodonnées dans sa jeunesse, mais seulement parce qu’ils souffrent du même problème qu’OpenStreetMap, à savoir le manque de géodonnées disponibles à des conditions acceptables.

Deux des membres de notre directoire dans la fondation OpenStreetMap, Steve Coast et Mikel Maron, ont récemment lancé quelques piques empoisonnées à Google. Le motif était un cas de vandalisme sur OSM pour lequel les deux ont prématurément supposé que Google était complice ou au moins avait négligemment laissé faire. En outre Mikel a sur son propre blog très clairement critiqué la stratégie de Google dans les pays émergents, où il voyait un affront contre les mouvements d’Open Data. Un accord que Google a récemment conclu avec la banque mondiale et qui, si appliqué, irait à l’encontre de l’engagement de cette banque en faveur de l’Open Data, a aussi amené Mikel et d’autres à critiquer Google.

Google est une organisation comme toutes les autres. Et suit les mêmes règles que tout le monde : Si vous n’y faites pas attention, les chefs qui s’aident avant tout eux-mêmes monteront dans la hiérarchie, parce que pour plaire au patron suivre un agenda personnel ou tel ou tel but lointain peut être plus important que faire ce qui est bien. Il est donc toujours possible que les choses déraillent et il serait bon que nous gardions un œil sur Google et que nous lui tapions sur les doigts de temps à autre. Mais dans l’ensemble, je trouve que nous sommes du même côté : pour « l’intelligence collective en mode bazar » plutôt que pour « les cathédrales de données des administrations et entreprises ». Et c’est sans doute plus vrai avec eux qu’avec d’autres entreprises qui se battent pour nous séduire.

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