Comment Big Brother se nourrit de l’industrie du droit d’auteur

J’entends bien trop souvent que l’industrie du copyright ne comprend pas Internet, ne comprend pas la génération internet, ne comprend pas comment la technologie a évolué. Ce n’est pas seulement faux, c’est dangereusement faux. Pour vaincre un adversaire, il faut d’abord comprendre son état d’esprit, plutôt que le dépeindre systématiquement comme le mal. L’industrie du copyright comprend parfaitement ce qu’est internet, et qu’il doit être détruit afin qu’elle puisse rester ne serait-ce qu’un tout petit peu utile.

Regardez bien les lois proposées actuellement. L’écoute généralisée. Le pistage obligatoire des citoyens. L’exclusion numérique, nom de Zeus ! envoyer les gens en exil. Toutes ces lois suivent un seul et unique thème : elles visent à recentraliser le contrôle de la diffusion des idées, du savoir, de la culture, et à punir hors de toute proportion quiconque s’y soustrairait.

Être en position de contrôler l’accès - ou l’avoir été - donne goût au pouvoir, dans le pire sens du terme. Si vous pouvez déterminer quelle culture, quels savoir et idées sont accessibles - si vous êtes en position de dire oui ou non à la publication d’une idée - alors cela va bien plus loin que le simple pouvoir de la publier. Cela vous met en position de sélectionner. Cela vous donne la possibilité de décider du système de référence des personnes. Littéralement, cela vous donne le pouvoir de décider ce dont les gens débattent, ce qu’ils ressentent, et ce qu’ils pensent.

La capacité à partager des idées, une culture et un savoir, sans autorisation ni traçabilité, fait partie des fondements de l’Internet, tout comme cela l’a été quand les services postaux furent conçus. Lorsque nous envoyons une lettre par la poste, nous et nous seuls déterminons si nous nous identifions comme expéditeur sur l’extérieur de l’enveloppe, à l’intérieur pour que seulement le destinataire le sache, ou pas du tout ; de plus, nul ne doit ouvrir nos lettres scellées en cours de route afin de vérifier ce que nous envoyons.

L’internet reproduit ce fonctionnement. Il est parfaitement normal que nos enfants aient les mêmes droits que nos parents à ce sujet. Mais si nos enfants ont les mêmes droits, au sein de l’environnement dans lequel ils communiquent, cela rend une petite catégorie d’industries obsolète. Par conséquent, c’est ce que l’industrie du copyright et du droit d’auteur tente de détruire.

Ils font pression pour des lois qui introduisent l’identifiabilité, même et y compris pour la rétention de nos données de connexion, et donc l’historique des traces de ce que l’on fait sur le Net. L’industrie du copyright et du droit d’auteur a été l’un des plus ardents défenseurs de la directive sur la conservation des données en Europe, qui impose l’enregistrement de nos communications - non de leur contenu, mais de toutes les informations au sujet de ceux que nous avons contactés, quand et comment - et ce, pour une durée non négligeable. Il s’agit de données qu’il était auparavant absolument interdit de stocker, au nom du droit à la vie privée. L’industrie du copyright et du droit d’auteur a réussi à renverser la situation d’«interdit» à «obligatoire».

Ils font pression pour instaurer des lois qui introduisent la responsabilité à tous les niveaux. Une famille de quatre personnes pourrait ainsi être poursuivie jusqu’en enfer par un cartel de l’industrie dans une salle d’audience où la présomption d’innocence n’existerait pas (une procédure civile), et ils aimeraient pouvoir obliger les messagers à être responsables du contenu des messages scellés qu’ils transportent. Cela va à l’encontre de siècles de tradition dans les services postaux, et c’est aussi un moyen d’imposer leur volonté de façon extrajudiciaire - en dehors des prétoires, là où les gens ont encore un minimum de droits pour se défendre.

Ils poussent à l’adoption de lois visant à mettre sur écoute des populations entières - et portent plainte afin de pouvoir le faire avant même qu’une loi ne les y autorise. Ils l’ont d’ailleurs fait sans en demander l’autorisation, ni prévenir personne. Ils incitent à l’adoption de lois qui visent à condamner des gens à l’exil, leur interdisant de pouvoir s’intégrer normalement à la société, au cas où ils auraient envoyer de mauvaises choses dans leurs lettres scellées.

Ils font pression pour faire adopter des lois validant la censure, ce que nous n’avons pas eu depuis bien plus d’un siècle, en utilisant la pédo-pornographie comme cheval de bataille (d’une manière qui engendrera encore plus d’abus à l’encontre des enfants).

Ils poussent à l’adoption de lois qui introduisent une traçabilité même pour les délits les plus insignifiants, en particulier le partage de la culture (qui ne devrait pas être qualifié de crime, à la base). Dans certains cas, ce genre de lois donnent même à l’industrie du copyright et du droit d’auteur plus de «droits», en matière de violation de la vie privée, qu’à la police .

L’ensemble de ses concepts mis bout à bout leur donneraient enfin - enfin ! - la possibilité de supprimer notre liberté d’expression, entre autres droits fondamentaux, tout cela dans le but de soutenir une industrie devenue superflue. Un cauchemar à la Big Brother surpassant tout ce que nous aurions pu imaginer il y a 10 ans. La question reste donc de savoir pourquoi les gens suivraient cette danse avec les loups plutôt que d’éclater la tête de ces salopards avec la première chaise à leur portée.

Les FAIs (Fournisseurs d’Accès à Internet) américains devront donc ainsi commencer à aider l’industrie du copyright et du droit d’auteur à «traiter» leurs propres clients, de sorte qu’ils puissent, en tant que citoyens, être éventuellement «envoyés en exil», et très probablement perdre leur droit à l’anonymat afin de permettre à l’industrie de continuer à intenter des procès même à l’encontre de mamies.

Ce type de comportement est voué à devenir, dans les futurs livres de marketing, un contre-exemple de ce qu’il ne faut surtout pas faire en matière de relation-client : vous pensez sérieusement que tout faire pour que vos clients puissent être poursuivis jusqu’en enfer par des corporations industrielles, dans un jeu truqué où ils ne sont même pas présumés innocents, est un bon business plan ?

Aujourd’hui nous exerçons nos droits fondamentaux - le droit à la vie privée, à la liberté d’expression, au secret de la correspondance, le droit de se réunir et de s’associer, la liberté de la presse, et bien d’autres - à travers Internet. C’est pourquoi l’accès anonyme et libre de toute censure à Internet est devenu lui aussi un droit aussi fondamental que le sont l’ensemble des droits que nous exerçons grâce à Internet.

Si cela signifie qu’une industrie stupide qui fabrique de fines galettes de plastique ne peut plus faire d’argent, ils peuvent bien faire faillite, pour ce que ça me concerne, ou commencer à vendre de la mayo.

C’est leur problème.

À propos de Falkvinge

Rick Falkvinge est le fondateur du Parti Pirate Suédois, un aficionado du whisky et pilote de moto du dimanche. Son thème de prédilection est la politique de l'information.

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